dimanche 22 novembre 2009

Les loups, de Jacques Dufilho




Des loups, une cane, des paysans, non, nous ne sommes pas dans une adaptation de Pierre et le loup, ni chez La Fontaine ou Perrault, mais dans un sketch de cet auteur-interprète méconnu. Comme dans "le discours", il y a une référence à Prévert, mais plus parodique. Et le texte est aussi délirant sous son apparence de récit d'un paysan du XIXème siècle.

Les loups 


Le début du sketch filmé, gratuit, et entier, payant, se trouve sur le site de l'INA.


mardi 17 novembre 2009

Michel Portal, côté jazz, dans trois formations en 1984 et 1994






Neuf mois que ce blog existe, et Michel Portal n'y figure pas encore. C'est incompréhensible.
Je tiens les musiciens, compositeurs ou interprètes, pour des demi-dieux. Portal est compositeur, interprète, improvisateur. Vous imaginez son statut....
Clarinettiste dans la musique classique, de Mozart à la création, saxophoniste et bandonéoniste dans le jazz, multi-instrumentiste dans l'improvisation.
Les musiciens de jazz en France, dès le début des années 60, au contact des musiciens de free jazz américains exilés, se sont lancés à fond dans l'invention du free, sans référence aux standards.
En 1984, les belles années du free sont passées, Portal qui n'a eu que brièvement des groupes (qui peut me donner la composition du Michel Portal Unit? Il faudrait préciser le jour et l'heure...), rassemble quelques musiciens pour jouer avec eux, soit de vieux compagnons de toutes les luttes, soit des jeunes.

Comme toujours, il joue ses propres standards, les thèmes qu'il a composés, avec une grande part d'improvisation collective.
Transmis par France Musique, voici des extraits de trois concerts donnés dans trois festivals avec trois groupes différents en 1984 et en 1994.

Portal 1984 et 1994, en mp3

Portal au festival d'Angouleme juin 84 flac

Portal au festival de Nancy 12 octobre 94 flac

Portal Rituel africain 1984 et James 94 flac

Portal Nancy Ottavia 12 10 94 flac

Portal Nancy Pastor 12 10 94 flac

Il y a des erreurs dans les labellés des fichiers, les titres, formations et locations ci-dessous font foi, désolé.

mardi 27 octobre 2009

La première sonate pour piano de Charles Ives



Il y a un grand homme qui vit dans ce pays - un compositeur.
Il a résolu le problème de savoir comment se préserver soi-même et apprendre.
Il répond à la négligence par le mépris.
Il n'est pas obligé d'accepter la louange ou le blâme.
Il s'appelle Ives.

Schönberg a écrit ce petit poème, et l'a gardé dans un tiroir.

Ah! Non! C'est un peu court, Arnold!
On peut dire sur Charlie bien d'autres choses encor.

Il y a dans le Connecticut, dans le Connecticut,
Un homme qui a écrit avant moi des séries de douze sons,
De la musique polytonale et polyrythmique avant Stravinsky et consorts,
Qui a inventé des accords qui ne sont pas dans mon Traité d'Harmonie, des clusters!,
Qu'on fait avec l'avant bras posé sur un clavier, ou même à l'orchestre!,
Qui a fait des collages sans intention de parodie,
Qui est même sorti du système bien tempéré en écrivant pour quart de ton,
Qui n'a pas harmonisé savamment des chants populaires mais les a intégrés dans une musique savante.
Un musicien chez qui musique vivante ne veut pas dire jouée par de vrais instrumentistes et non par un diamant dans un sillon de laque ou de vinyle, mais un organisme qui naît, se développe, crie, grouille, part dans tous les sens, s'affirme, puis ralentit et s'éteint.


La vie selon Charlie, immédiatement reconnaissable.
Pas besoin d'être né aux États Unis au XIXème siècle, pas besoin d'avoir chanté avec le chœur de garçons dans l'église de Danbury, Connecticut, les hymnes qui prolifèrent dans ses œuvres.
Pas besoin d'avoir repris les airs patriotiques et les airs à la mode que l'on jouait au kiosque de Danbury, Connecticut, sous la baguette de son père, George.
Pas besoin d'avoir dansé sur des ragtimes pour les entendre au milieu du brouhaha de la rue au delà de Central Park, la nuit.
Pas besoin, non, la vie de l'Amérique du début du dernier siècle dans la stylisation de Charles Edward Ives se reconnaît comme vie tout court.



La première sonate
pour piano (de deux) est comme beaucoup d'œuvres un assemblage de parties composées sur plusieurs années, et retravaillées plus tard. La base du premier mouvement est une pièce pour orgue de 1897, le reste s'étale entre 1901 et 1917.

Sur le manuscrit Ives a écrit :

« De quoi s'agit-il?
Essentiellement de la vie en plein air des fermiers du Connecticut des années (18)80-90.
Impressions, souvenirs, réflexions des paysans de la campagne du Connecticut.
Le père de Fred était très excité et a hurlé quand son fils a frappé un joli coup et l’école a gagné le match de baseball.
Mais tante Sarah fredonnait toujours la chanson « Où est mon fils le voyageur ? » après que Fred et John aient quitté la maison pour travailler à Bridgeport.
Il y avait habituellement de la tristesse
mais pas aux bals de campagne, avec leurs gigues, sauts et danses irlandaises, surtout les nuits d’hiver.
L’été, les hymnes étaient chantés à l’extérieur.
Les gens chantaient (comme Ole Black Joe) – et le Bethel Band (pas redoublés, marches)
Et les gens aimaient dire les choses comme ils avaient envie, et faire les choses comme ils le voulaient, à leur manière à eux.
Et les vieux, il y avait des sentiments et de la ferveur spirituelle! »

Ives résume ensuite les ambiances : « La famille ensemble dans le premier et le dernier mouvement, dans les ragtimes: le garçon au loin semant l’avoine, et l’anxiété des parents dans le mouvement central ».

De la musique à programme, donc... si on veut. La photographie en haut de ce billet (Barcelone 2008, Muriel Pérez) exprime cette animation joyeuse que j'entends dans cette sonate malgré le sombre résumé fourni par l'auteur.

La sonate, en 5 mouvements, a été créée à New York le 17 février 1949 par William Masselos. Quarante ans après sa complétion. Normal pour Ives. Qui n'a jamais su l'admiration que lui portait son collègue, même si le Viennois admire ici son attitude.
Ives avait en effet un avantage sur Schönberg, qui ne savait rien faire d'autre que de la musique. Il avait fondé une compagnie d'assurance prospère. "Père pensait qu'un homme pouvait garder son intérêt pour la musique plus fort, plus propre, plus grand et plus libre, s'il n'essayait pas d'en vivre. S'il a une femme et des enfants qu'il aime, comment peut-il laisser ses enfants mourir de faim sur ses dissonances? Répondez si vous pouvez!".

Un critique notait à la création: « Il y a là de la musique pour 6 sonates! ». Un autre y voyait l'influence de Dada...

La sonate, divisée par ma faute en quatre morceaux au lieu de cinq, interprétée par Noël Lee, pianiste américain vivant en France, se trouve ici, dans un enregistrement des années 70:

Charles Ives Première sonate Noel Lee (mp3)

Charles Ives Première sonate Noel Lee (flac) Premier mouvement

Charles Ives Première sonate Noel Lee (flac) Deuxième mouvement

Charles Ives Première sonate Noel Lee (flac) Troisième mouvement

Charles Ives Première sonate Noel Lee (flac) Quatrième mouvement

lundi 5 octobre 2009

Mare nostrum, de Mauricio Kagel



Voici un an que l'auteur de la "Passion selon saint Bach" a rejoint le saint patron des musiciens. Cioran ne disait-il pas: "S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach, c'est bien Dieu"?
Né en Argentine un soir de Noël de parents russes récemment émigrés, il a mis sa fertile imagination au service du spectacle de la musique. La musique en tant que spectacle, le théâtre de la musique qui se fait. Et le théâtre où l'on chante.
"Mare Nostrum" appartient à cette dernière catégorie. Créé en 1975, ce théâtre musical est sous titré: "Découverte, pacification et conversion de la Méditerranée par une tribu amazonienne".
Comme pour toutes ses œuvres, Kagel, qui a étudié la littérature avec entr'autres Borges, ("Mare nostrum" est l'une de ses douze œuvres à avoir un titre latin), participé à la fondation de la cinémathèque de Buenos Aires, étudié plusieurs instruments, en a écrit le texte, la musique, assuré la mise en scène, et dirigé l'exécution.
"Mare nostrum", "notre mer", c'est ainsi que ces impérialistes de Romains appelaient leur mer intérieure, au fur et à mesure de leur conquête de ses rivages.
Kagel a toujours mis son immense humour à démonter les codes des spectacles musicaux de la tradition occidentale, l'opéra, surtout, mais aussi le rôle du chef d'orchestre, l'héritage des siècles, et même l'utilisation de la musique par les politiques (le Tribun, à venir!). Les années 70 étaient propices aux remises en cause et "Mare nostrum" s'intéresse à la colonisation de l'Amérique latine. En la retournant.


Lors de la création française, Maurice Fleuret, le critique du Nouvel Observateur, défenseur de la création musicale, écrivait ceci:

Maître désormais dans l’art du degré second, du détour, de la déviation et de la distance, il peut enfin aborder maintenant le théâtre de récit, sans craindre d’avoir à sacrifier la substance proprement musicale. « Mare Nostrum », créé il y a quelques semaines à Berlin et repris au musée Galliera par le festival d’Automne à Paris, raconte de manière strictement linéaire « la découverte, la pacification et la conversion de la Méditerranée par une tribu d’Amazonie ». Six instrumentistes entourent un grand bassin rempli d’eau qui reproduit les contours de la Méditerranée. A chaque extrémité, le baryton (John Bröcheler), bon sauvage, cruel et naïf, du nouveau continent, et la haute-contre (John Patrick Thomas), héritier plus ou moins dégénéré des traditions portugaises, espagnoles, françaises, italiennes, grecques, turques et levantines. Un dialogue presque continu, parlé ou chanté, dans la savoureuse traduction de Maryse Eloy, va accumuler citations, allusions, associations, permutations et contrepèteries en un délire verbal hautement contrôlé mais toujours naturel. De l’humour le plus subtil au gag le plus brutal, cette parodie d’épopée coloniale à l’envers est jalonnée d’intermèdes et de commentaires musicaux poétiques ou franchement désopilants comme, par exemple, cette manipulation délicieusement irrespectueuse de la « Marche turque » de Mozart, éblouissant exercice de style entre tous. Et tout s’achèvera par le strip-tease intégral de la haute-contre qui devient femme arabe voilée, jetée dans l’eau du bassin pour être poignardée par l’aveugle conquérant. Les religions, les cultures, les gouvernements et même les formes les plus discrètes d'impérialisme et de répression sont égratignés ici avec un merveilleux raffinement de cruauté. Mais aucune idéologie précise n’émerge du massacre. Et l’on sort de ce spectacle, à la fois sophistiqué et populaire, comme d’un atroce cauchemar de découragement. Le désespoir de Kafka habite le rire grinçant de Kagel.

La version ici est celle du Festival d'Avignon, 1976, avec les mêmes interprètes, noter le jeu de mots vers la fin sur "se kaglamenter", le nom de Kagel étant proche du verbe Klagen, se lamenter, en allemand (celui de "Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen", la cantate BWV 12 de Bach).
La retransmission radiophonique était commentée en direct, je n'ai pas pu faire grand chose.

Mare nostrum, en flac

Mare nostrum en mp3

dimanche 27 septembre 2009

Communiqué



Pour les réfractaires au format flac, l'adagio et rondo K 617 est désormais aussi disponible en mp3.
La version mp3 du quatuor de Roussel (1957, enregistré pour la radio par le quatuor Pascal) a été remplacée par une version mp3 de meilleure qualité, et un fichier flac a été ajouté. Rappelons que la plupart des logiciels de gravure peuvent graver les fichiers flac sans les convertir au préalable. Vous pouvez donc graver les fichiers téléchargés et en faire un CD jouable aussi bien dans la voiture qu'au salon....



Pour comprendre ce que vient faire ici cette illustration, il est nécessaire de l'agrandir en cliquant dessus, de manière à lire les inscriptions sur les portières.

vendredi 28 août 2009

Fernand Raynaud: "Les œufs pas cassés" & "Deux croissants"



En vingt ans de carrière, cet humoriste mort à 46 ans a réussi à faire passer dans le langage courant un legs d'expressions dont il est sans doute déjà oublié qu'il en est l'auteur.
L'après-guerre a été riche en humoristes, les salles de spectacles et les cabarets leur offrant suffisamment d'occasions de se produire en scène.
Fernand Raynaud, c'est un comique traditionnel, comique troupier, lui qui avait 13 ans en 39, au début de sa carrière, puis comique d'observation dans ses sketches sur la vie de famille ou à l'usine, souvent des dialogues, avec une chute. Peu de problèmes sociaux, un reflet indirect des Trente Glorieuses, quand le chômage n'existait pas et que le Parti communiste existait.
Un monde disparu. Qui ferait rire de nos jours avec ces sketches?
Pourtant....
Les œufs pas cassés.... Je me demande si les crémiers vendaient vraiment des œufs cassés.


"Les œufs pas cassés" & "Deux croissants" en flac

"Les œufs pas cassés" & "Deux croissants" en mp3

samedi 8 août 2009

Le Capriccio de Stravinsky par Carlos Roque Alsina et Ernest Bour


Avec une femme, quatre enfants, et une maîtresse à nourrir, sans compter des goûts de luxe, Igor Stravinsky était toujours à court d'argent. Installé sur la Côte d'Azur dans les années vingt, il avait donc entrepris d'ajouter aux revenus du compositeur, d'abord ceux du chef d'orchestre, puis ceux du pianiste.
Sans aller toutefois jusqu'à imiter la pratique du XVIIIème siècle, quand Mozart dirigeait ses concertos du piano.
Il commença par transcrire pour piano mécanique (le Pleyela de la maison Pleyel) les ballets qui avaient fait sa gloire.
Bon pianiste lui-même, il en enregistra certains sur les rouleaux perforés, soucieux d'utiliser toujours la technologie de pointe pour laisser une référence d'interprétation de son œuvre. Cependant, ces rouleaux ne sont pas ceux des pianos mécaniques de western, qui jouent tous seuls à la première bagarre de saloon, ils nécessitent l'intervention humaine, pour le rubato, les nuances, la dynamique.
Dès que l'enregistrement électrique remplaça l'enregistrement acoustique (celui où tous les musiciens jouent devant un grand cornet), Stravinsky signa un contrat avec "la grande Compagnie du Gramophone Columbia, pour enregistrer exclusivement mon œuvre, tant comme pianiste que comme chef, année après année. Ce travail m'intéressa beaucoup, car, beaucoup mieux qu'avec les rouleaux perforés, j'étais à même d'exprimer toutes mes intentions avec une réelle exactitude. En conséquence, ces disques, techniquement excellents, ont l'importance de documents qui peuvent servir de guides à tous les exécutants de ma musique. Malheureusement, très peu de chefs en profitent."
Curieusement, il a continué à tenir ce discours au fil de ses ré-enregistrements des mêmes œuvres, au fur et à mesure de l'évolution de la technique, jusqu'à son intégrale en stéréo des années 60, un demi-siècle après la création de ses grands ballets d'avant 14.
Le chef d'orchestre Koussevitzky lui ayant suggéré de créer lui-même son concerto pour piano et instruments à vents de 1925, Stravinsky se remit donc au piano, pratiquant avec délices les études de Czerny. Jouer avec un orchestre n'est en effet pas la même chose qu'enregistrer en studio des bandes de piano mécanique...
Malgré le trac, il semble avoir pris du plaisir à tourner en Europe et aux Etats-Unis, avec les chefs les plus célèbres pour l'accompagner.
"J'ai travaillé à mon Capriccio tout l'été (1929, à Echarvines, en Savoie) et l'ai terminé à la fin Septembre. Je l'ai joué pour la première fois le 6 Décembre à un concert de l'Orchestre Symphonique de Paris, sous la direction d'Ansermet. On m'avait si souvent demandé toutes ces dernières années de jouer mon concerto pour piano et instruments à vents (ce que j'avais fait une bonne quarantaine de fois), que je pensais qu'il était temps de donner au public une autre œuvre pour piano et orchestre. (Trop aimable, Maitre!)
C'est pourquoi j'écrivis un autre concerto, que j'ai appelé Capriccio, car il me semblait que ce nom convenait le mieux au caractère de la musique. J'avais à l'esprit la définition de Praetorius, qui en faisait un synonyme de fantaisie, c'est-à-dire une forme libre faite de passages instrumentaux fugués. Cette forme me permettait de développer ma musique par juxtaposition d'épisodes variés se faisant suite et de par leur propre nature donnant à la pièce cet aspect de caprice qui lui donne son nom"
.
Le retour au classicisme amorcé depuis quelques années déjà, ce concerto se place sous le double parrainage de Carl Maria von Weber et de Jean Sébastien Bach. Le romantisme et le baroque allemands. Rien de classique au sens de style musical.
Weber, que Stravinsky avait connu d'abord par le Freischutz, (dirigé à Prague par Alexander von Zemlinsky, le beau-frère de Schönberg) et qu'il admirait fort, connaissant toute son œuvre pianistique, et dont il disait que les sonates l'avaient envoûté pendant l'écriture du Capriccio, allant jusqu'à lui fournir, outre le titre, une formule rythmique particulière. Bach, pour l'atmosphère que donnent les bois surtout dans le second mouvement, et les canons un peu partout. Le staccato bien détaché de certains passages, sans pédale, pourrait aussi bien être joué au clavecin.
Stravinsky enregistra avec Ansermet et l'orchestre Straram le Capriccio dès l'année suivante.
Ici, c'est une version de concert, le 12 novembre 1975, Ernest Bour dirige l'Orchestre Philharmonique de Radio France et accompagne Carlos Roque Alsina.


I. Presto
II. Andante Rapsodico
III. Allegro Capriccioso

Le Capriccio en mp3

L'illustration est une gouache exécutée spécialement pour ce billet par un artiste de 20 ans, François Brasdefer.
Elle s'intitule "Ils disent que le diable est dans les détails".


vendredi 7 août 2009

Le Motet "In Ecclesiis" et la Canzone primi toni de Giovanni Gabrieli dirigés par Maderna

Les Gabrieli, l'oncle et le neveu, Monteverdi, Vivaldi, Malipiero, Maderna, Nono, une lignée de compositeurs vénitiens, avec certes un creux au XIXème siècle.
Maderna n'était pas un de ces adeptes de la table rase qui sévissaient en Allemagne ou en France dans l'immédiat après-guerre. Il avait gagné sa vie d'étudiant en préparant des éditions modernes de Vivaldi et, à la tête d'un groupe d'étudiants que lui avait confiés Malipiero, « fouillait à la Biblioteca Marciana, dans les manuscrits musicaux originaux, dans les Traités de composition, dans les premiers imprimés de musique (réalisés par Ottaviano Petrucci à Venise dès 1501) pour pouvoir étudier historiquement et sur les documents originaux l'évolution de la musique européenne. Nous en apportions à Malipiero les fruits concrets (transcriptions en notation moderne, instrumentations comme celle de l'Odhecaton A, études composées par nous-mêmes dans les différents styles). » (L. Nono). Cet Odhecaton A sera d'ailleurs sur une face du premier disque enregistré par Maderna.
Luigi Nono continue: « Nous vivions alors dans une véritable ambiance de "boutique" artisanale de musique, où l'intelligence pénétrante de G.F. Malipiero, son expérience érudite et son humeur pleine d'entrain s'unissaient au talent que possédait Bruno pour découvrir la musique comme un objet toujours nouveau et pour nous la faire étudier comme un objet toujours vivant. »

Nono appelait les Gabrieli des « hommes-musiciens » et leur reconnaissait une influence décisive sur son œuvre tout comme la rencontre de Scherchen ou de Maderna.
En 1970, il écrivait à Malipiero qui venait de lui envoyer une nouvelle édition des œuvres de Giovanni Gabrieli, qu'il en "avait retiré non seulement un véritable enthousiasme, mais aussi de nouveaux enseignements, matériaux sonores, nouvelles lois de composition en enveloppes harmoniques, et non plus linéaires en contrepoint, expression et invention spatiale du son, usage acoustique et musical du texte..."

Les Gabrieli, ces deux musiciens du XVIème siècle, élèves de Roland de Lassus, organistes à Saint Marc de Venise, écrivaient une musique adaptée au lieu: les instruments ou les chœurs placés dans les loges opposées de chaque côté de la croisée du transept se répondent, en écho ou en dialogue. Berlioz reprendra cette idée de la division spatiale des groupes instrumentaux dans le Tuba mirum de son Requiem, à Saint Louis des Invalides.

Maderna s'est tellement inscrit dans la lignée de la musique occidentale qu'il ouvre sa Composizione n° 2 de 1950 avec l'épitaphe de Seikilos, un morceau de musique grecque du IIème siècle de notre ère. Il connaissait d'ailleurs si bien la musique du passé qu'André Boucourecheliev raconte qu'il improvisait du contrepoint franco-flamand au tableau noir durant les cours d'été de Darmstadt.
Le travail d'orchestration l'a accompagné toute sa vie, si celle d'« In Ecclesiis » (de 1615) date de 1966, et a été publiée, il semble qu'il ait orchestré mais non publié plusieurs autres œuvres de Gabrieli.
Le motet « In Ecclesiis » pour deux chœurs, avec solistes, orgue et deux groupes d'instruments à vents se trouve ainsi jouable par un grand orchestre symphonique, type XIXème siècle, et la version qu'en donne Maderna, solennelle et jubilatoire, est bien dans cette tradition. Une orchestration comme celles que Schönberg faisait des chorals de Bach, à l'opposé de l'orchestration "webernienne" du Ricercare de l'Offrande musicale par Anton Webern. Il est intéressant de voir comment un chef plus jeune, Antonio Pappano, avec les acquis du mouvement baroqueux (qui ne s'est pleinement développé qu'après la mort de Maderna), fait sonner une autre Canzone a tre cori), dans l'orchestration madernienne (1972), d'une manière bien différente, plus proche de nos nouvelles habitudes auditives.
Ici, ces deux œuvres de Giovanni Gabrieli, "in Ecclesiis" et la "Canzone primi toni", sont dirigées par Maderna en 1971 (il ne s'agit pas de la version publiée par Arkadia).

Canzone primi toni en flac

"In Ecclesiis" en flac

"In Ecclesiis" en mp3

Canzone primi toni en mp3

dimanche 2 août 2009

Ma conscience et moi


Mon attention a été attirée sur les violations des lois divines et humaines que je commettrais en diffusant des œuvres hors du domaine public.
J'ai consulté plusieurs oracles, tous d'accord, ou presque, avec cette proposition.
J'ai donc sorti ma conscience de la valise où je la garde, suivant l'exemple du Père Ubu, et l'ai interrogée.
Elle m'a expliqué que je ne lésais personne, au contraire. N'offrant aux foules (modestes, à peine plus de 90 chargements de la musique du film Muriel) que des musiques introuvables ailleurs, sous cette forme en tous cas, je ne porte ombrage ni aux auteurs, ni aux éditeurs. Quand un ayant-droit s'avisera de publier "officiellement" les quatuors de Beethoven par le quatuor Pascal ou la sérénade de Maderna par son créateur, je me ferai une joie de remplacer le lien vers l'hyperespace où repose mon fichier par une incitation à les acheter dans les lieux prévus à cet effet.
Après s'être raclé la gorge, elle a ajouté que l'on pourrait même prétendre que mon action rendait service aux dits ayant-droits.
En ressortant de la naphtaline Max Meili ou bientôt Ettel Sussman, ou le trio Pasquier, l'intérêt éveillé pour ces grands artistes va conduire le public de mon blog à chercher les autres enregistrements de ces mêmes artistes et à se ruer pour les acheter, enfin, s'ils existent...
Outré de cette réponse, je fis rentrer à nouveau ma conscience dans sa valise.



lundi 1 juin 2009

Quintette op 39 de Serge Prokofiev



Ou plutôt , comme apparemment il se faisait appeler durant son séjour en France (1920-1935, en gros).
En 1924, alors qu'il s'attaquait à sa seconde symphonie "pour ne plus entendre dire que je vivais sur mes vieilles compositions", il reçut la commande d'un ballet par une vieille connaissance de Saint Petersbourg, Boris Georgevich Romanov. Ce chorégraphe "ultramoderniste", émigré à Berlin, où il dirigeait une petite troupe, avait créé 10 ans plus tôt un ballet "Qu'est-il arrivé à la ballerine, aux chinois et aux jongleurs?". Un échec. Outre que le titre était moins aisé à retenir que "Casse-noisette", la musique était due à Vladimir Rebikov, qui n'a pas laissé grande trace dans l'histoire. Mais Romanov tenait à son sujet.
Sans orchestre à sa disposition comme Diaghilev à Paris, il opta sagement pour un ensemble de chambre. Cinq instruments.
Prokofiev se mit donc au travail, ayant décidé dès le début d'en tirer un quintette qui pourrait être joué au concert. Installé pour l'été à Saint Gilles Croix de vie, en Vendée, il note dans son journal sa routine à partir du 21 juin : "Lever à 7 heures, café à 8, et au travail à 8 heures et demi.
-28 Juin: "J'ai composé le premier thème, avant de quitter Paris, en marchant dans la rue, et je l'ai noté sous un lampadaire. Maintenant, je l'ai mis au point."
-14 Juillet: "J'ai décidé de laisser temporairement la 6ème partie, car je manque d'idées. À la place je vais fignoler les 5 premiers. Dans tous les cas, ça va me prendre au moins aussi longtemps que cela m'a pris pour les composer."
Ayant achevé la partition de piano le 25 Juillet, Prokofiev commence l'orchestration le lendemain.
-26 Juillet: "J'ai commencé à travailler sur la partition complète. Un pur bonheur, car j'ai déjà tout pensé du début à la fin. J'éprouve le même plaisir que l'enfant qui colorie son dessin. J'ai complété quatre pages".
À partir de cette date, il réalise l'orchestration dans la matinée et la réduction pour piano l'après-midi.
Et le 14 Aout: "Tout est fini!"
Un mois et demi. Chapeau!
Romanov lui demanda alors de changer l'ordre des pièces, ce que Prokofiev accepta à contre-cœur, sans toucher à la version de concert, à cause du plan tonal. Romanov lui fit ensuite rajouter deux morceaux, une ouverture et une matelote. La matelote ce n'est pas qu'un plat de poissons, c'est aussi une danse de matelots au rythme vif (la maclotte chère à Apollinaire).

Le plan original était le suivant:
1. La ballerine (Thème et variations)
2. Danse des rustres (avec la ballerine, 5ème variation). Se termine en groupe (étreinte)
3. Les jongleurs bondissent (leur intensité effraie les Chinois). Ils étreignent la ballerine
4. Provocation en duel. Lutte avec un pétard. Ils tournoient. Explosion
5. Ils pleurent la mort de la ballerine

Après discussion, le ballet fut finalement nommé "Trapèze". On ne sait pas exactement dans quel ordre et sur quel scénario final les 8 morceaux furent joués sur scène, car le ballet, créé le 6 novembre 1925 à Gotha, un bled du centre de l'Allemagne, tourna en Allemagne puis disparut en Italie, où la compagnie fit faillite.



Le ballet est donc perdu, chorégraphie et musique. Prokofiev, qui ne gaspillait rien, réutilisa cependant les deux morceaux supplémentaires dans une suite d'orchestre, le Divertimento op 43. Cela ne fut découvert qu'en étudiant les archives Prokofiev, et le ballet fut recréé en 2003, les deux mouvements étant réorchestrés pour s'insérer dans le quintette.
Le quintette, donc. Il a une composition inhabituelle: hautbois, clarinette, violon, alto et contrebasse. Sa double nature, musique de ballet et musique "pure" fait qu'il contient des rythmes compliqués à danser, un passage fugué dans le 3ème mouvement, en 10/8, alternant le 2+2+2+2+2 et le 3+4+3, par exemple.
La musique ne décrit pas fidèlement les évènements, et l'explosion du pétard n'est pas figurée : «Lutte avec un pétard: un Adagio triste. À mon avis, l'explosion devrait se produire à la fin de l'Adagio, sans musique. Je pense que lorsque la musique s'arrête, alors l'explosion doit se produire, et le premier brouhaha - une petite scène de 15-20 secondes - devrait avoir lieu dans un silence total de l'orchestre; puis la sixième scène commence, un menuet funèbre » (Lettre de Prokofiev à Romanov).
Comme tous les compositeurs de cette époque, Prokofiev n'a pas échappé à l'influence de Stravinsky, et on remarque des notes répétées en arrière plan par exemple, si typiques. J'entends aussi dans le troisième mouvement une parenté avec le concerto de Manuel de Falla, créé l'année suivante, l'harmonie, les unissons, les notes répétées. Mais peut-être est-ce une manière commune de digérer Stravinsky.
Le quintette a été créé à Moscou le 6 mars 1927.
Cette version provient d'un concert donné le 11 décembre 1986 par des solistes de l'Ensemble Intercontemporain.

Les six mouvements:

Theme et Variations: Moderato
Andante energico
Allegro sostenuto, ma con brio
Adagio pesante
Allegro precipitato, ma non troppo presto
Andantino

Le Quintette en flac

Le Quintette en mp3

mardi 19 mai 2009

"Serenata n. 2 per undici strumenti" de Bruno Maderna



Sérialisme à l'italienne.

L'œuvre de Maderna est parsemée de sérénades, pas moins de huit. La première, sa première œuvre "officielle", jouée?, est perdue, elle date de 1946, il avait 26 ans. La dernière sérénade date de deux ans avant sa mort.
Celle-ci est la seconde, de 1954, révisée en 1957, et enregistrée par Maderna lui-même en 1960. Il devait y tenir particulièrement, c'est son premier disque de musique contemporaine (il a déjà enregistré de la musique ancienne), sa première œuvre enregistrée, et une sorte de portrait des jeunes musiciens italiens, où il figure en compagnie de ses amis, Nono et Berio. Berio la même année, 1957, écrit une sérénade pour 14 instruments, qu'enregistrera Maderna en 1964. Et la seule œuvre de Schönberg qu'il enregistrera est la Sérénade op 24!
Elle est pour onze instrumentistes et treize instruments: le pianiste joue aussi du glockenspiel, et le percussionniste du vibraphone et du xylophone. Les autres instruments sont la flûte, la clarinette, la clarinette basse, le cor, la trompette, la harpe, le violon, l'alto et la contrebasse.
Aucune de ses sérénades n'inclut de voix humaine. Nous ne sommes pas ici chez les belles écouteuses. Plutôt dans la musique nocturne.
Maderna au cœur de sa période sérielle.
Mais à l'italienne: la première partie utilise une série de onze notes, et la seconde partie, quelques séries de neuf notes, au lieu des douze prescrites! Il y a dans l'écriture une grande rigueur, Maderna utilisant des carrés latins, tableaux de chiffres où chaque colonne et chaque ligne a le même total, et où chaque chiffre ne figure qu'une fois par ligne ou colonne. Ces carrés, appliqués aux hauteurs de notes, au rythme, à l'orchestration, assurent la cohérence de la construction.
Et tout cela sonne merveilleusement lyrique, car si ces méthodes ne servent jamais qu'à monter le bâti de l'œuvre, le plus important, le choix des notes, les intervalles, la couleur des instruments, tout ceci reste entre les mains du créateur.
"Vous verrez pour lors, que je ne suis pas novice dans l'art et qu'il ne paraît pas surtout que je fasse de grandes dépenses de ma science dans mes productions, où je tâche de cacher l'art par l'art même ; car je n'ai en vue que les gens de goût, et nullement les savants, puisqu'il y en a beaucoup de ceux-là et presque point de ceux-ci."
Ces mots de Rameau s'appliquent parfaitement ici, écoutez la mélodie de flûte qui commence la sérénade, qui entend là de sèches mathématiques?
“J’ai mon propre système grammatical, qui relève du principe sériel, et qui est suffisamment souple, surtout suffisamment abstrait pour me laisser toute liberté d’y incarner de mille manières mon imagination musicale, qui n’est nullement abstraite”, Maderna ne disait pas autre chose.
L'orchestration procède de Webern plus que de Schönberg ou Berg, les mélodies, ou les suites de notes, car il n'y a pas ici de mélodie à siffloter dans la salle de bains, étant réparties entre les instruments, avec leurs couleurs variées. Pas de grands sauts d'intervalles, si associés avec la musique contemporaine de cette époque, pas d'agressivité, une sérénade....
Le disque est paru en mono et en stéréo dans la collection dirigée par Earle Brown, celle-ci est la version stéréo. Maderna dirige l'English Chamber Orchestra.


Serenata N.2 de Bruno Maderna en flac, identique à l'original

Serenata N.2 de Bruno Maderna en mp3 de la meilleure qualité



Ringraziamenti a Luisa Curinga e Nicola Verzina.

jeudi 7 mai 2009

Quatre chansons espagnoles de la Renaissance par Max Meili


Premier dans la série " Sortons de la naphtaline les chanteurs et les chanteuses oubliées"

Le ténor Max Meili.

Un des premiers à s'être spécialisé dans la musique ancienne, du Moyen Age à Bach, Schütz, et Monteverdi.
Né en 1899, il participe à la création de la Schola Cantorum de Bâle, avec Paul Sacher, en 1933. Un des premiers donc à avoir étudié l'histoire de la pratique musicale et à avoir cherché à retrouver les sons anciens.
Wikipedia nous apprend aussi qu'il a chanté Addio terra, addio cielo, de l'Orfeo de Monteverdi, à l'enterrement de James Joyce, à Zurich. Rôle qu'il a enregistré en 1949, son seul disque réédité à ce jour.

Les deux faces de 78 tours, enregistrées au début des années quarante, contiennent quatre chansons de la Renaissance espagnole, d'Alonso Mudarra et d'Enriquez de Valderrábano.
Elles sont extraites de deux recueils de chansons accompagnées de la vihuela, une guitare à six paires de cordes, publiés en 1546 et 1547.

De Mudarra: Triste estaba el Rey David et De la sangre de tus nobles
D'Enriquez de Valderrabano: Señora, si te olvidare et Al monte sale el amor..


Voici les paroles de la première chanson:



Triste estaba el rey David
Triste y con gran pasión,
Cuando le vinieron nuevas
 
De la muerte de Absalón.

Cuando le vinieron nuevas
De la muerte de Absalón
Palabras tristes decía
Salidas del corazón.


Triste était le roi David
Triste et tourmenté
Quand lui parvinrent les nouvelles
De la mort d'Absalon

Quand lui parvinrent les nouvelles
De la mort d'Absalon
Ils disait de tristes paroles
Qui sortaient de son cœur

La chanson "De la sangre de tus nobles" est incomplète. Son début, et son titre, est "Israel, mira tus montes". En voici les paroles :


Israel, mira tus montes
Como estan ensangrentados
De la sangre de tus nobles,
De tus nobles y esforçados!
Ay dolor! Como cayeron
Varones tan estimados!


Israël, regarde tes montagnes
Elles sont couvertes du sang
Du sang de tes nobles
De tes nobles et de tes soldats!
Oh, quelle douleur que la chute
Des hommes d'une telle valeur!

Enfin les paroles de la chanson "A monte sale el Amor"

A monte sale el Amor
De la isla muy nombrada
Donde Venus es honrada
Y él tenido por señor.


Amour s'en va par la montagne
De l'île très fameuse
Où Vénus est honorée
Et lui tenu pour seigneur

(Merci, Diego!)



Les quatre chansons en un fichier mp3:


Quatre chansons espagnoles

lundi 27 avril 2009

L'adagio et rondo K 617 pour armonica de verre, flûte, hautbois, alto et violoncelle





Le 23 mai 1791, Mozart entra dans son catalogue un "Adagio und rondeau fur Harmonica e flauto, i oboe, i viola, e violoncello", mêlant l'allemand le français et l'italien, en sabir musical européen.



Cette pièce écrite pour une virtuose aveugle de 22 ans, Marianne Kirchgessner, a une sœur jumelle, un adagio pour armonica de verre solo, qu'on n'entend jamais.
À six mois de là, il était mort, après avoir entré dans le catalogue la Clémence de Titus, la Flûte enchantée, le concerto pour clarinette, l'Ave verum, deux cantates maçonniques, et un demi-Requiem.
Armonica de verre. Harmonica en allemand. Au lieu de passer le doigt mouillé sur le rebord des dizaines de coupes à champagne plus ou moins pleines, Benjamin Franklin, oui, le père fondateur des États-Unis et du paratonnerre, a imaginé d'enfiler les coupes sur une broche qu'on fait tourner avec un pédalier de machine à coudre, ce qui permet de jouer assis...
Mozart aimait jouer de l'alto, qui figure dans ce quatuor mi-cordes mi-vents. A-t-il créé l'œuvre le 10 juin? Les sources divergent et je n'y étais pas...
De la magnifique musique de chambre, pas une bluette, digne des derniers chefs d'œuvre.
Les armonicas de verre ne sont pas monnaie courante dans les orchestres, on joue donc la pièce au piano, à la harpe, etc.

Dans cette version de concert, années 70, le pianiste Carlos Roque Alsina joue du célesta, un instrument à clavier, sans cordes, mais à lames de métal. Il est accompagné de solistes de l'ensemble "Musique vivante".
Cet ensemble, créé en 1966 par Diego Masson, percussionniste, et fils du peintre surréaliste André Masson, est spécialisé dans la musique contemporaine.
Je me répète, ce sont ceux-là qui jouent le mieux la musique des siècles passés.

Le voici, en mono hélas, mon magnétophone de l'époque l'était aussi: Adagio et rondo K 617 en fichier flac

Adagio et rondo K 617 en mp3

jeudi 16 avril 2009

La musique de HW Henze pour le film de Resnais "Muriel"

pour MMM

Hans Werner Henze, compositeur allemand né en 1926, avait déjà composé plusieurs opéras quand Alain Resnais lui demanda de composer la musique du film qu'il tournait, en 1962, "Muriel ou le temps d'un retour".
Bien qu'ayant été à l'école de René Leibowitz, élève de Schönberg et propagateur en France du système dodécaphonique, sa sensualité lui a évité de se fixer des règles trop contraignantes et qui auraient pu brider son lyrisme.
"Une chanson des Beatles c'est plus court et plus intelligent qu'un opéra de Henze", disait Boulez, dans sa période fondamentaliste sériel. Pure jalousie.
Cette envie de vivre et de composer à sa guise l'a fait s'installer en Italie, près de Rome. Où il continue de composer, à quatre-vingts ans passés, de tous les genres, y compris des opéras (un tous les deux ou trois ans au moins depuis la guerre).
Ce lyrisme l'a fait aimer des chanteurs et chanteuses, et ses œuvres ont été créées et interprétées par les Dietrich Fischer Dieskau, Edda Moser, Irmgard Seefried, etc., et enregistrées par Deutsche Grammophon, à l'époque où la compagnie soutenait la musique contemporaine (1965-75, à la louche).

Sur un scénario de Jean Cayrol, déjà l'auteur du texte de "Nuit et Brouillard", le film est centré sur une absente, cette Muriel qu'un des personnages du film a participé à torturer et assassiner, une double absence, aussi celle de cette guerre d'Algérie que la censure ne laissait pas nommer ni décrire. C'est un film qui fait ressentir le vide, qui évoque le passé, le remords, le regret, les vies détruites.

La musique accompagne cette mosaïque de moments, d'émotions, de mouvements de l'âme, en surgissant ici et là, souvent une voix de femme, chantant en français.
Cette voix est celle de Rita Streich, magnifique soprano colorature, (la Reine de la Nuit comme qui rigole), et l'orchestre est dirigé par le compositeur. Du bel canto post webernien. Le son est monophonique, le cinéma était en retard par rapport au disque. La musique de ce disque semble avoir été prélevée sur la bande-son, car on y entend des bruits du film.

La musique du film Muriel


Deux nouveautés techniques: la musique se trouve chez "mediafire", c'est encore plus simple, il suffit de cliquer sur "Click here to start download" et se souvenir où on lui a dit de mettre le fichier ensuite.
C'est un fichier rar, (une enveloppe comme un fichier zip, qui s'ouvre avec la plupart des dézippeurs, comme 7zip, [cliquez sur le mot rar au début de la phrase]) qui contient les 14 parties de la bande-son. Celles-ci ne sont pas en mp3 mais en "flac", un format qui laisse intacte la musique, alors que la compression mp3, même de la meilleure qualité, est destructrice. La plupart des lecteurs les lisent, on peut même les utiliser tels quels pour graver un disque lisible sur n'importe quel lecteur, sinon, il est possible de les convertir en mp3 avec Nero, Bonkenc, dBpoweramp, etc.

vendredi 10 avril 2009

Le Quatuor de Roussel par le Quatuor Pascal


LE quatuor d'Albert Roussel.
Comme presque tous les musiciens français du siècle dernier, il n'en n'a écrit qu'un. Je ne vois que Milhaud, mais il était provençal, et Honegger, mais il était suisse, à en avoir écrit plus.
Ce quatuor est son opus 45. Forme traditionnelle en quatre mouvements, du Haydn? Final fugué, du Beethoven?
Ch'ti de Tourcoing, officier de marine, il n'étudia la composition qu'à l'âge de 25 ans et ne publia sa première œuvre qu'à 30 ans. Une soixantaine de pièces, entre musique symphonique, musique de chambre et musique vocale, rien à jeter. Il avait étudié avec d'Indy, à la stricte école du classicisme de la Schola Cantorum, et y avait lui-même enseigné le contrepoint. À la soixantaine, il écrit un prélude et fugue en hommage à Bach, et le dernier mouvement de son quatuor sera une fugue aussi.
Musique oubliée, très peu jouée, encore moins enregistrée, d'un musicien négligé. De son vivant, il était aussi considéré que Ravel, et après leurs morts (1937, à quatre mois d'intervalle), il semble que les amis de Ravel aient été plus actifs que ceux de Roussel.
Il a composé cette œuvre dansante et triste à la fois, dans sa propriété normande de Varengeville, un village peint par Monet, et où son voisin de cimetière est Georges Braque.



Cet enregistrement est celui du quatuor Pascal, fait pour l'ORTF, en 1957, en mono.

Le quatuor de Roussel en flac

Le quatuor de Roussel en mp3

dimanche 29 mars 2009

Suite de "The Fairy Queen" de Purcell, "inédite" et "inouïe"



Toujours de la musique ancienne, et à l'ancienne, c'est à dire avant l'ancienne moderne, avec des instruments de l'époque et non d'époque.

La suite extraite de "The Fairy Queen" d'Henry Purcell.
C'est un "masque", un genre du XVIIIème anglais, du théâtre avec des intermèdes instrumentaux et vocaux, en français, on dirait une comédie musicale ... une adaptation du Songe d'une nuit de la Saint Jean, tiens.

Écrit un siècle plus tard, il raconte la même histoire d'amours compliquées, avec des fées, des elfes, un humain qui se retrouve avec une tête d'âne sans avoir dit ouf, et aimé de la Reine des fées, Titania, avec ça!

Et à 4 minutes, après une introduction orchestrale, le monde stupéfait entendait pour la première fois une voix sublime, celle de la jeune épouse d'un compositeur italien, Luciano Berio.

Catherine Berio. Tel est son nom sur la pochette. Très vite, elle utilisera dans sa carrière son nom de jeune fille, Cathy Berberian.
Hélas, elle ne chante que deux airs:

Ye gentle spirits of the air, appear!
Prepare, and join your tender voices here.
Catch and repeat the trembling sounds anew,
Soft as her sighs and sweet as pearly dew.
Run new divisions, and such measures keep
As when you lull the God of Love asleep.

Accourez, gentils esprits de l'air!
Soyez prêts à unir vos douces voix.
Retenez et répétez ces airs délicats,
Légers comme ses soupirs et perlés comme la rosée
Inventez des variations et tenez la mesure
Comme pour endormir le Dieu de l'Amour.

Et l'air de la Chinoise:

Hark now the Echoing Air a Triumph Sings,
And all around pleas'd Cupids clap their Wings.

Écoutez! L'écho au loin chante un Triomphe,
Et tout autour de joyeux Cupidons battent des ailes

L'orchestre, l'Orchestra dell'Angelicum di Milano.
Le chef en est Bruno Maderna, violoniste prodige, qui était déjà chef et compositeur depuis des années.
Son premier disque, cependant.
Donc, voici un disque publié en 1956, en Italie, par la marque Angelicum LPA 970), probablement peu distribué en dehors de ce beau pays. Je m'imagine qu'à part nous, il y a quelques vieilles gens, en Italie, qui enlèvent certains soirs la couverture qui recouvre le tourne disques et se le passent.
Joignons nous à eux!

La suite de "The Fairy Queen" de Purcell par Maderna et Berberian