mardi 19 mai 2009

"Serenata n. 2 per undici strumenti" de Bruno Maderna



Sérialisme à l'italienne.

L'œuvre de Maderna est parsemée de sérénades, pas moins de huit. La première, sa première œuvre "officielle", jouée?, est perdue, elle date de 1946, il avait 26 ans. La dernière sérénade date de deux ans avant sa mort.
Celle-ci est la seconde, de 1954, révisée en 1957, et enregistrée par Maderna lui-même en 1960. Il devait y tenir particulièrement, c'est son premier disque de musique contemporaine (il a déjà enregistré de la musique ancienne), sa première œuvre enregistrée, et une sorte de portrait des jeunes musiciens italiens, où il figure en compagnie de ses amis, Nono et Berio. Berio la même année, 1957, écrit une sérénade pour 14 instruments, qu'enregistrera Maderna en 1964. Et la seule œuvre de Schönberg qu'il enregistrera est la Sérénade op 24!
Elle est pour onze instrumentistes et treize instruments: le pianiste joue aussi du glockenspiel, et le percussionniste du vibraphone et du xylophone. Les autres instruments sont la flûte, la clarinette, la clarinette basse, le cor, la trompette, la harpe, le violon, l'alto et la contrebasse.
Aucune de ses sérénades n'inclut de voix humaine. Nous ne sommes pas ici chez les belles écouteuses. Plutôt dans la musique nocturne.
Maderna au cœur de sa période sérielle.
Mais à l'italienne: la première partie utilise une série de onze notes, et la seconde partie, quelques séries de neuf notes, au lieu des douze prescrites! Il y a dans l'écriture une grande rigueur, Maderna utilisant des carrés latins, tableaux de chiffres où chaque colonne et chaque ligne a le même total, et où chaque chiffre ne figure qu'une fois par ligne ou colonne. Ces carrés, appliqués aux hauteurs de notes, au rythme, à l'orchestration, assurent la cohérence de la construction.
Et tout cela sonne merveilleusement lyrique, car si ces méthodes ne servent jamais qu'à monter le bâti de l'œuvre, le plus important, le choix des notes, les intervalles, la couleur des instruments, tout ceci reste entre les mains du créateur.
"Vous verrez pour lors, que je ne suis pas novice dans l'art et qu'il ne paraît pas surtout que je fasse de grandes dépenses de ma science dans mes productions, où je tâche de cacher l'art par l'art même ; car je n'ai en vue que les gens de goût, et nullement les savants, puisqu'il y en a beaucoup de ceux-là et presque point de ceux-ci."
Ces mots de Rameau s'appliquent parfaitement ici, écoutez la mélodie de flûte qui commence la sérénade, qui entend là de sèches mathématiques?
“J’ai mon propre système grammatical, qui relève du principe sériel, et qui est suffisamment souple, surtout suffisamment abstrait pour me laisser toute liberté d’y incarner de mille manières mon imagination musicale, qui n’est nullement abstraite”, Maderna ne disait pas autre chose.
L'orchestration procède de Webern plus que de Schönberg ou Berg, les mélodies, ou les suites de notes, car il n'y a pas ici de mélodie à siffloter dans la salle de bains, étant réparties entre les instruments, avec leurs couleurs variées. Pas de grands sauts d'intervalles, si associés avec la musique contemporaine de cette époque, pas d'agressivité, une sérénade....
Le disque est paru en mono et en stéréo dans la collection dirigée par Earle Brown, celle-ci est la version stéréo. Maderna dirige l'English Chamber Orchestra.


Serenata N.2 de Bruno Maderna en flac, identique à l'original

Serenata N.2 de Bruno Maderna en mp3 de la meilleure qualité



Ringraziamenti a Luisa Curinga e Nicola Verzina.

jeudi 7 mai 2009

Quatre chansons espagnoles de la Renaissance par Max Meili


Premier dans la série " Sortons de la naphtaline les chanteurs et les chanteuses oubliées"

Le ténor Max Meili.

Un des premiers à s'être spécialisé dans la musique ancienne, du Moyen Age à Bach, Schütz, et Monteverdi.
Né en 1899, il participe à la création de la Schola Cantorum de Bâle, avec Paul Sacher, en 1933. Un des premiers donc à avoir étudié l'histoire de la pratique musicale et à avoir cherché à retrouver les sons anciens.
Wikipedia nous apprend aussi qu'il a chanté Addio terra, addio cielo, de l'Orfeo de Monteverdi, à l'enterrement de James Joyce, à Zurich. Rôle qu'il a enregistré en 1949, son seul disque réédité à ce jour.

Les deux faces de 78 tours, enregistrées au début des années quarante, contiennent quatre chansons de la Renaissance espagnole, d'Alonso Mudarra et d'Enriquez de Valderrábano.
Elles sont extraites de deux recueils de chansons accompagnées de la vihuela, une guitare à six paires de cordes, publiés en 1546 et 1547.

De Mudarra: Triste estaba el Rey David et De la sangre de tus nobles
D'Enriquez de Valderrabano: Señora, si te olvidare et Al monte sale el amor..


Voici les paroles de la première chanson:



Triste estaba el rey David
Triste y con gran pasión,
Cuando le vinieron nuevas
 
De la muerte de Absalón.

Cuando le vinieron nuevas
De la muerte de Absalón
Palabras tristes decía
Salidas del corazón.


Triste était le roi David
Triste et tourmenté
Quand lui parvinrent les nouvelles
De la mort d'Absalon

Quand lui parvinrent les nouvelles
De la mort d'Absalon
Ils disait de tristes paroles
Qui sortaient de son cœur

La chanson "De la sangre de tus nobles" est incomplète. Son début, et son titre, est "Israel, mira tus montes". En voici les paroles :


Israel, mira tus montes
Como estan ensangrentados
De la sangre de tus nobles,
De tus nobles y esforçados!
Ay dolor! Como cayeron
Varones tan estimados!


Israël, regarde tes montagnes
Elles sont couvertes du sang
Du sang de tes nobles
De tes nobles et de tes soldats!
Oh, quelle douleur que la chute
Des hommes d'une telle valeur!

Enfin les paroles de la chanson "A monte sale el Amor"

A monte sale el Amor
De la isla muy nombrada
Donde Venus es honrada
Y él tenido por señor.


Amour s'en va par la montagne
De l'île très fameuse
Où Vénus est honorée
Et lui tenu pour seigneur

(Merci, Diego!)



Les quatre chansons en un fichier mp3:


Quatre chansons espagnoles