dimanche 1 mars 2009

Tout ce que Schönberg a écrit pour piano seul




Non! Ne partez pas!
C'est de la musique viennoise, après tout: il y a des valses, de la danse, la Suite opus 25, c'est une suite de danses!
Comme celles de Bach ou Rameau, il y a des gigues, des gavottes, un menuet.


Schönberg n'était pas pianiste, ce qui est plutôt rare chez les compositeurs. Il jouait du violon et du violoncelle. Il avait déjà composé deux quatuors à cordes quand il écrivit sa première œuvre pour piano en 1909, les trois pièces opus 11. Il venait de dissoudre la tonalité dans le dernier mouvement de son deuxième quatuor, et naturellement, ces petites pièces sont atonales.
Atonal, sans tonalité pour se repérer à l'écoute -ou à l'écriture!- ne veut pas dire froid ou sans émotion. Voir la peinture qu'il faisait à l'époque, pur style expressionniste. Par contre, pas de tonalité, pas de thème qui revient, c'est moins confortable...
Deux ans plus tard, le 11 février 1911, il écrit cinq des Six petites pièces, opus 19, puis la sixième après la mort du vénéré Gustav Mahler (le 18 mai). Ça file comme un courant de conscience, c'est bref comme du Webern, son élève, tiens.
Les Cinq pièces de l'opus 23 et la Suite, opus 25 ont été composées en même temps, au début des années vingt, quand il cherchait à organiser cette liberté inquiétante. C'est donc dans ces piécettes de une à trois minutes qu'il expérimente le dodécaphonisme. La première œuvre de ce type est la valse qui conclut les 5 pièces. Une valse, et une suite de danses sur le modèle baroque, comment mieux se raccrocher à la tradition tout en développant une méthode révolutionnaire? Écrire un thème avec les douze sons de la gamme chromatique, sans répétition, (donc on reste atonal, plus de tonique, de dominante, toutes égales, etc.), et tout en tirer, en le triturant, en le présentant à l'envers, en miroir, en écrevisse, exactement comme le faisait le père Bach, quoi. Il présentait cela comme une découverte, comme les découvertes scientifiques d'Einstein, non comme une invention. "Une découverte qui va assurer la suprématie de la musique allemande pour les cent ans à venir". Sic.
La Suite est ma préférée, avec son swing viennois. Il faut dire que je l'ai découverte dans l'interprétation géniale du pianiste Carlos Roque Alsina, en concert sur France Musique dans les années 70.
Quant à ses dernières pièces pour piano, les opus 33 a et b, de 1929 et 1931, les analystes y reconnaissent une forme sonate...

L'interprète: Eduard Steuermann.
Un fidèle entre les fidèles, il était le pianiste de la "Société pour les performances publiques" créée par Schönberg pour que ses œuvres et celles de ses élèves aient une chance d'être jouées, a suivi Schönberg fuyant le nazisme aux États Unis, et a créé les opus 23 et 25, et le concerto. Il a enregistré en 1957 la première intégrale de l'œuvre pour piano seul pour CBS. Jamais rééditée. Je viens cependant de découvrir qu'on la trouvait sur le site passionnant de la Fondation Schönberg à Vienne, mais brute, avec bruits parasites et rayures.
Une référence, donc. Quoique... On remarque qu'il joue un peu plus vite dans cet enregistrement fait 5 ans après la mort du Maitre les morceaux qu'il avait enregistrés de son vivant. Quand avait-il raison?

Les pièces en fichiers sans perte, "flac":

Schönberg 3 pièces opus 11 flac
Schönberg 6 pièces opus 19 flac
Schönberg 5 pièces op 23 flac
Schönberg Suite opus 25 flac
Schönberg 2 pièces opus 33 flac

Les fichiers en mp3 de bonne qualité:

Schönberg Tout l'œuvre pour piano mp3

15 commentaires:

  1. Bonsoir
    En ce moment, je suis en train de télécharger ailleurs, mais je reviendrai!
    N'étant vraiment pas musicien, je devrais éviter les commentaires. Mais si vous permettez:
    Un violoniste rencontré en Inde m'a expliqué une fois que la musique dodécaphonique ou du moins celle de Schoenberg était comme en apesanteur, sans gravité.
    En écoutant dernièrement les splendides Variations pour orchestre du même Schoenberg (dans une version très connue), je me suis dit que c'était vrai que c'était très "allégé" (au point de me demander si le papa de la musique contemporaine à Vienne n'était pas ... Johann Strauss!).
    Mais j'ai aussi senti un véritable ancrage, une volonté de perpétuer la lignée des "grands" classiques viennois (pas seulement le panpanpanpan de le cinquième mais aussi la scène au ruisseau et probablement plein de choses que je connais pas). J'en suis ressorti fou de joie. Bravo pour vos explications et illustrations

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  2. Bonjour,
    Laissez-vous aller, je ne suis pas musicien non plus, juste un fieffé mélomane.
    Il est sûr que Schönberg se situait lui-même dans la lignée de la musique germanique, de Brahms et Wagner en particulier, (et Bach, bien sûr) de même que ses élèves Berg et Webern.
    Musique en apesanteur, belle image.
    L'attraction de la tonique et de la dominante, la grille des portées, l'armature... beaucoup de termes pesants et corsetants. (Mais Schönberg disait qu'il restait beaucoup de musique à écrire en do majeur!) J'ai oublié le timbre comme moyen d'organiser ce monde sonore privé de ses repères traditionnels.
    Merci de vos encouragements.

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  3. Merci mille fois pour cet enregristement essentiel. Je cherchais le Steuermann pour les annees. En ecoutant, je trouve son interpretation peut-etre le plus clair, le plus juste de Schoenberg que je connais. Mille fois merci pour votre beau site aussi. Le "Jeux" de Maderna est un vrai tresor.

    Comme vous peut-etre sentez, le Francais n'est pas ma langue natale!!! Neanmoins, je deteste l'idee qu'il faut parlez anglais (americain) au WWW. Si un internaut parle un autre langue, il faut faire un effort. Un tout petit contribution contre la mondialization.

    Merci beaucoup encore. Je reviendrai. Au bientot!

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  4. Votre français est excellent!
    J'ai toujours aimé partager mes enregistrements, mes vieux amis le savent!
    Maintenant, le monde à ma portée!
    En français, oui. Vous avez vu dans la colonne de gauche, on peut traduire en de multiples langues, y compris le chinois et l'hindi!
    Je n'ai pas testé celles-là, mais l'anglais et l'espagnol donnent des résultats corrects (et parfois comiques).
    Je constate aussi que les blogs sud-américains de musique classique en espagnol se font plus nombreux.
    A bientôt, bonne écoute. "Le discours" va vous faire travailler votre français!

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  5. Comme un amie francaise m'a dit autrefois au sujet de son mari Americain, "Il lit Flaubert v.o., mais il parle pas une phrase en francais, et apres douze ans ensemble!" Je vous remercie pour votre gracieuse tolerance. Moi aussi, je lis les romans francais, vu le cine francais et ecoute mes chers operas baroques francaises dans votre beau langue, mais, malheuresement, je n'ai pas le talent de la vraiment parler ou ecrire. Neanmoins, je peut lire votre "posts" en francais, sans aide de la "Google" traductuer (resultats comiques, "indeed"!). Merci encore pour le Steuermann, je l'ecoute au moment, partition a la main!

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  6. J'ai oublié de préciser que Steuermann avait été le professeur de Brendel.
    Quant à l'exemple cité, il a peut-être d'autres causes!

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  7. Bonjour! C'est bien pour voir un blog en Francias. Il n'ya pas d'opportunites pour pratiquer la langue et ecouter la musique!
    A bientot!
    bill

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  8. Bon, personne ne m'a dit qui était sur la photo à côté de Schönberg! (Passer la souris sur la photo)

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  9. Hem, "Coucouville les Nuées" et "Paroles gelées" ont le même papa, qui s'embrouille dans ses identités...

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  10. Merci bien. Je crois que ca va etre tres interessant.

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  11. Merci bien, Dany! I'll "take the flac for this one" comme on dit aux Etats-Unis. Votre admirateur secret et chalereux,

    m. larcher

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  12. Secret, tu parles, avec les louanges que tu laisses traîner un peu partout!

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  13. Je cherche l'enregistrement de Pierrot Lunaire sous la direction de Schoenberg lui meme.Mon email est colarusso@uol.com.br.

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